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La souveraineté, le côté pédagogique.

Document de travail en révision

Le Québec doit devenir un pays souverain pour avoir accès à tous les leviers politiques et économiques qui lui permettront de prospérer, de s'épanouir et de rayonner comme peuple francophone en Amérique du Nord.

Actuellement comme simple province de la fédération canadienne, le Québec est toujours soumis aux ententes internationales dans lesquelles le Canada s'est engagé. Le Québec n'est pas «libre» d'adopter une position différente de la position canadienne, une position qui représenterait plus nos valeurs et qui pourrait mieux servir nos intérêts. Le rayonnement international du Québec est donc bien limité et bien pâle, et il se fait toujours dans l'ombre du Canada dont la position sert surtout les intérêts du reste du Canada.

Si on veut aller dans le plus compliqué, songez à l'encadrement "pan canadien" dans lequel le fédéral enchaine le Québec. Non, tout n'est pas mauvais dans le fait d'être une province canadienne, mais le non-respect et la non-reconnaissance des spécificités du Québec (qu'affiche toujours Ottawa) est un empêchement pour le peuple québécois qui veut s'épanouir et «prendre son envol» d'égal à égal comme il pourrait le faire si le Québec était un pays souverain.

Si on regarde le côté du «pouvoir fédéral de dépenser», alors là c'est la catastrophe. Avec le droit de taxer que le gouvernement fédéral s'accorde sur une base purement discrétionnaire, Ottawa se donne les moyens qui lui permettront ensuite de s'ingérer dans les affaires qui relèvent (selon la Constitution canadienne) de la responsabilité des provinces. Comme Ottawa pige dans l'assiette fiscale des provinces, la première conséquence directe est premièrement que le Québec est privé d'énormes moyens qu'Ottawa détourne dans ses coffres pour mettre en place des mesures et des programmes pan canadiens qui ne rencontrent pas les besoins des Québécois. Des argents sont retournés aux provinces sous la forme de différents transferts, mais pour y avoir droit les provinces doivent se conformer aux normes édictées par le gouvernement fédéral. Cette ingérence d'Ottawa se conjugue à l'inefficacité qu'occasionne tous les dédoublements de programmes toute l'énergie perdu à constamment être obligé de se défendre contre les empiètements  d'Ottawa dans des domaines qui relèvent pourtant très clairement des compétences des provinces, et du Québec en particulier.

Ce problème est particulièrement bien documenté dans le document d'analyse de la position du Québec face au «pouvoir fédéral de dépenser».

Comment se fait-il alors que tous ces arguments, qui nous semblent tellement évidents à nous les souverainistes, n'ont pas réussit à convaincre la grande majorité des Québécois lors des deux référendums tenus pour faire l'indépendance du Québec ?

C'est parce qu'on n'était pas prêt. On n'a pas bien démontré le mal-fonctionnement du fédéralisme et ses couts pour le Québec. On a négligé de parler du projet d'un Québec souverain et de ce qui s'en venait. On a ignoré les inquiétudes et les craintes des Québécois fédéralistes, des nations autochtones, des femmes et des personnes âgées. On a laissé le reste du Canada polariser le discours autour de l'impact négatif qu'aurait l'indépendance sur l'économie du Québec. Ottawa et le mouvement fédéraliste «pour le NON» a ainsi fait peur aux aux gens. Du côté du mouvement souverainiste, avec un débat et une démarche compliquée « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995 ? » on a semé la confusion en parlant principalement de ce qui continuerait de nous attacher au Canada. On n'a pas été ni assez clair, ni assez rassurant face au futur Québec qu'on n'a malheureusement pas osé décrire et présenter à la population du Québec.

On doit tirer une leçon de ces échecs.

Personne ne veut d'un troisième référendum perdant. If faut donc aller partout en province, reprendre le bâton du pèlerin et enseigner les vertus de la souveraineté. Ce serait commettre un suicide politique de ne pas bien se préparer d'avance. Ce n'est pas tout de prêcher la souveraineté, on doit être capable d'anticiper et de répondre convenablement aux objections qui seront soulevées par les groupes de populations identifiés réfractaires à l'idée de l'indépendance. On doit faire une pédagogie souverainiste convaincante, dans un langage clair, en toute franchise et en toute honnêteté, .

Dans ce sens je crois que les efforts de sensibilisation des Québécois à l'importance de faire la souveraineté du Québec devraient être modulés en ayant en tête que l'auditoire est composé de clientèles variées mais pouvant être bien définies.

Je présente dans les paragraphes qui suivent des idées pour appuyer cette approche en adressant  :

  1. Les Québécois (anglophones) qui sont des fédéralistes convaincus.
  2. Les Québécois (femmes et personnes âgées) qui craignent les impacts négatifs de la souveraineté.
  3. Les immigrants et premières nations qui se voient plus canadien que québécois et qui ne veulent pas d'une assimilation québécoise.
  4. Les souverainistes convaincus.


Les fédéralistes convaincus

C'est très difficile de convaincre un fédéraliste "convaincu" de devenir souverainiste... en fait c'est quasi impossible... Avant donc de militer pour la souveraineté du Québec auprès d'un fédéraliste convaincu il faut poser des questions pour bien comprendre ce que veut dire pour lui le "fédéralisme canadien" ? Est-ce seulement l'union et le partage (selon des règles établies il y a bien des années) de certaines ressources ?

Il faut poser la question aux principaux défenseurs de cette thèse.... et en particulier aux Québécois de cette allégeance et vraiment cerner le sens profond que représente le fédéralisme canadien pour ces Québécois.

Personnellement je crois qu'un Québécois fédéraliste vous dira qu'il aime l'idée d'un Canada uni, d'un beau grand pays... d'un océan à l'autre... où la diversité de la population et des paysages justifie largement que le Québec paye sa juste contribution.

Les arguments susceptibles de convaincre une telle personne sont possiblement plus axés sur les phénomènes de mondialisation et de coopération entre les nations qui marqueront le troisième millénaire. Le Québec veut s'ouvrir sur le monde et non pas se replier sur lui-même. Un Québec fort, souverain et serein sera un atout majeur utile et stimulant à l'Amérique du nord toute entière.

Faire un retour en arrière sur les récentes querelles et échecs de renouveau constitutionnelles et expliquer qu'un Québec souverain qui est en bons termes avec ses voisins permettrait tout de même au Canada de rester un beau grand pays... mais avec le Québec non plus comme une province source de tiraillement au sein de la fédération canadienne mais avec le Québec comme bon voisin prospère qui entretien de bonnes relations économiques et politiques d'égal à égal avec le Canada et tous ses partenaires.

Les idées d'expansion économique et d'épanouissement culturel que permettrait le voisinage avec un Québec souverain sont aussi de bons atouts qui peuvent gagner des appuis auprès des fédéralistes. 


Ceux qui craignent les impacts négatifs de la souveraineté

À ce chapitre plusieurs craintes devront être apaisées. En voici quelques unes.

Les questions d'argent sont sûrement les questions qui surgiront les plus rapidement.

Pensez par exemple à la question de la répartition de la dette canadienne, des actifs canadiens en sol québécois ou la question de l'utilisation de la monnaie canadienne.

On doit donc "faire nos devoirs" et préparer des réponses claires et bien appuyées de démonstrations solides et de témoignages irréfutables, pour démontrer qu'un Québec souverain ne sera pas plus pauvre pour autant et que le Canada n'a vraiment aucun intérêt, tant sur le plan économique que politique, à étouffer le Québec.

Il faut être convainquant mais demeurer honnête et sincère. La moindre erreur à ce volet sera amplifiée et utilisée pour démolir toute tentative d'argumentation.

Une autre question qui mérite d'être adressée concerne la forme de gouvernement dont se dotera le Québec. Le projet de Constitution du Québec actuellement en préparation par les instances de l'Action Souverainiste peut aider à l'argumentation et à apaiser certaines craintes. L'intégration de la charte canadienne des droits de la personne à la Constitution du Québec ainsi que l'idée d'une reconnaissance internationale rapide d'un Québec souverain peuvent aussi être des éléments rassurants pour plusieurs.

On peut aussi penser aux situations où des Québécois ont peut-être de la famille au Canada et ils craignent d'en être coupé. La question de la libre circulation entre le Québec et le Canada a souvent été évoquée de même que l'utilisation du passeport canadien. Ici aussi on doit rappeler le désir d'ouverture du Québec sur le monde et non son replis sur lui-même. Il appartiendra au Canada de rester ouvert aux Québécois, de reconnaître ses citoyens et d'encourager la libre circulation entre nos deux nations comme entend le faire le Québec avec tous les Canadiens.

À ces considérations élémentaires on pourra être appelé à expliquer comment dans un Québec souverain fonctionneraient par exemple le service de la poste, la protection du territoire et les forces armées nécessaires pour garantir l'intégrité territoriale du Québec. On peut se faire rassurant à ce chapitre en se référant à la Constitution du Québec et en rappelant le désir d'ouverture du Québec sur le monde qui, à l'instar de la Communauté européenne, pourra négocier avec ses partenaires toutes les ententes politiques et commerciales nécessaires à sa sécurité et à son épanouissement en Amérique du nord.


Ceux qui se voient plus comme des canadiens que des québécois

Ce qui caractérise ces québécois c'est la primauté de leur sentiment d'appartenance au Canada. Ils habitent certes le Québec...  mais avant tout ils sont des habitants du Canada. 

Bien que le Québec entende faire une place au Québec à ces citoyens et reconnaître leurs droits acquis, la question de leur nationalité n'est pas entièrement sous son contrôle. Le Québec pourra certes aborder la question de la double identité lors des négociations de sécession mais l'issue de la question n'est pas entre nos mains.

Le Canada va-t-il renier ces canadiens implantés en sol québécois, pour les abandonner et leur retirer leur citoyenneté canadienne ? Ce serait certes un levier très émotif que le Canada pourra exercer pour influencer le vote référendaire et le faire échouer. Il sera donc important d'aborder cette question très tôt pour éviter que ne s'installe des craintes démesurées néfastes à notre projet souverainiste.

Ici aussi le défi est de taille. Non obstant la position du Canada, il faut démontrer que l'identité Québécoise est au moins aussi bonne et aussi valable partout dans le monde que l'identité canadienne.

L'opinion internationale pourra aussi influencer la perception que les Québécois ont de leur nationalité, d'eux-mêmes et d'un Québec souverain. Il sera important d'obtenir des énoncés politiques en ce sens de tous nos alliés politiques.


Les vrais souverainistes convaincus

Étant des sympathisants déjà gagnés à la cause de la souveraineté du Québec on pourrait penser ici qu'on n'a aucun effort à consacrer à ce segment de la population..

Je propose bien au contraire de parler à ces Québécois sur ces différents axes.

  1. De renforcer leur sentiment d'appartenance au Québec et de les aider à prendre conscience de leur fierté d'être Québécois et de travailler à bâtir un Québec souverain.
  2. Parler de l'importance d'être accueillants pour l'ensemble des Québécois. Un Québec français oui bien sûr... mais un Québec toujours aussi chaleureux et toujours aussi accueillant aux autres cultures constituantes.
  3. Préparer les Québécois à être des ambassadeurs de la souveraineté et leur donner le vocabulaire et l'argumentation nécessaire pour qu'ils puissent travailler avec nous à obtenir l'adhésion de leur entourage.
     
  4. À l'instar du présent document, leur fournir des argumentaires simples et convaincants pour qu'ils puissent nous aider à faire comprendre aux autres Québécois et aux Canadiens qu'un Québec qui affirmera sa souveraineté en fait un partenaire encore plus fort et plus bénéfique à l'évolution de l'Amérique du nord toute entière.