Mario Dumont - Action
démocratique du Québec - Lettre aux Québécois - Le Bloc Québécois, un boulet
politique pour le QuébecChers compatriotes, Le 23 janvier prochain, nous sommes
appelés aux urnes pour choisir ceux qui formeront le prochain gouvernement
fédéral. À n'en point douter, il s'agit d'un geste important. Confier la
gouverne de nos affaires et la gestion d'un budget de 186 milliards de dollars à
des élus est une décision fondamentale qui aura, sans aucun doute, une influence
directe sur nos vies.
Pourtant, si on en croit les résultats des derniers sondages, le Québec
s'apprête, pour une cinquième fois, à voter en faveur d'un parti dénué de
l'ambition légitime de gouverner et dont l'effet premier est de confiner le
Québec à un isolement politique. C'est, de mon point de vue, contraire aux
intérêts supérieurs du Québec.
Le Bloc québécois aime se poser comme l'ultime défenseur des intérêts du Québec
à Ottawa. Un parti fédéral qui n'oeuvre qu'au Québec et qui défend exclusivement
les intérêts du Québec à Ottawa. À première vue, cela semble aller de soi. Mais
quand on y regarde de plus près, force est de constater qu'à terme, cette option
est une vraie catastrophe politique pour le Québec.
Comment le Québec peut-il sortir gagnant quand une formation politique utilise
systématiquement le poids politique des Québécois pour le confiner à perpétuité
dans un rôle d'opposition ? La réponse est simple. Le Québec sort perdant. La
preuve en est que, de tout temps, le Québec a dicté l'ordre du jour politique
fédéral. Or, depuis une dizaine d'années, la question du Québec a littéralement
disparu de l'avant-scène de la politique canadienne. Pire encore, la place du
Québec dans l'ensemble canadien est devenue un sujet à éviter pour les partis
politiques fédéraux. Quant à la réintégration du Québec dans la Constitution
canadienne, c'est le mutisme le plus total. Quel gâchis !
Pas de résultats tangibles
Si on ne peut nier les efforts déployés par le Bloc au cours des années pour
faire entendre la voix du Québec, on ne peut cependant pas fermer les yeux sur
l'absence de résultats tangibles.
Dans les faits, le véritable bilan du Bloc à Ottawa est fort simple. C'est
l'isolement du Québec et surtout la marginalisation de notre pouvoir politique
au sein de la fédération canadienne. Pour moi, qui crois et me bats depuis plus
de dix ans pour un véritable Québec autonome, c'est inacceptable. Cela est
d'autant plus déplorable quand on se rappelle le rôle prépondérant que le Québec
a joué non seulement dans l'ordre du jour politique fédéral mais aussi dans la
formation des gouvernements fédéraux tout au long du XXe siècle.
C'est aussi désolant quand on sait que cette formation politique n'est qu'une
simple succursale du Parti québécois et que, sitôt le scrutin fédéral terminé,
les députés bloquistes vont s'empresser de se mettre docilement au service de la
maison mère péquiste. Je pose la question : est-ce que les Québécois sont bien
servis par des élus fédéraux qui ont les mains attachées comme ceux du Bloc et
qui attendent les ordres du chef du PQ ? La réponse est non. On ne peut pas
défendre efficacement et dignement les intérêts d'un peuple quand on n'est pas
maître de son propre ordre du jour politique.
Les représentants du Bloc nous rappellent sans cesse le rôle prépondérant qu'ils
ont joué pour faire la lumière sur le scandale des commandites. Ils vont même
jusqu'à se pavaner fièrement en clamant que, tout au long de ce scandale, ils
ont posé plus de 400 questions à la Chambre des communes sur le sujet. Ce que je
retiens surtout de cet épisode, c'est non seulement que ces quelque 400
questions bloquistes n'ont pas empêché les libéraux fédéraux de partir
littéralement avec la caisse mais surtout que le plus grand scandale de la
politique canadienne s'est justement produit à l'époque où le Bloc était
précisément à Ottawa pour nous représenter. Comme défense efficace des intérêts
du Québec, on a déjà vu mieux...
Une garantie : les libéraux au pouvoir
Ironiquement, il n'y a pas que les péquistes qui ont bénéficié de la présence
massive du Bloc à Ottawa. À vrai dire, ceux qui ont le plus bénéficié du Bloc
sont précisément ceux que les bloquistes sont censés surveiller, soit les
libéraux fédéraux. En isolant plus d'une cinquantaine de sièges du Québec,
scrutin après scrutin, le Bloc a empêché jusqu'à ce jour la mise en place d'une
véritable alternative nationale au gouvernement libéral. En fait, depuis 1993
jusqu'à aujourd'hui, le Bloc a constitué pour le Parti libéral du Canada une
garantie de rester au pouvoir. Il est à souhaiter que l'ampleur sans précédent
de la corruption libérale mette fin à cette alliance objective extrêmement
malsaine pour le Québec.
Si, au lendemain de l'échec de l'accord du Lac-Meech, le Bloc a pu constituer
une réponse politique adéquate à ce moment précis de l'histoire du Québec en se
posant comme une véritable coalition politique québécoise, force est de
constater que, 12 ans plus tard, le Bloc est maintenant devenu un véritable
boulet politique pour le Québec.
J'en appelle donc à votre sagesse politique séculaire et je vous invite à
mesurer avec lucidité les conséquences d'un autre appui massif au Bloc
québécois. Ne donnons pas un autre chèque en blanc à ceux qui nous proposent de
nous isoler davantage. Manifestement, le Bloc québécois n'est plus en mesure de
défendre avec rigueur et efficacité les intérêts supérieurs du Québec.
Source : Lettre aux Québécois - Le Bloc québécois, un boulet politique pour le Québec