Juin 2004- mise à jour Avril 2007
Le rapport sur la place des jeunes au sein du Parti québécois rédigé par trois jeunes députés aura-t-il une suite? Dominé par la génération des baby-boomers, ce parti devra vivre une petite révolution culturelle s'il veut faire le lien avec la génération des jeunes d'aujourd'hui.
La tournée des Mousquetaires (le site des Trois Mousquetaires a été retiré par le PQ)
(Du 30 janvier au 7 avril 2004)
Alexandre Bourdeau
Stéphan Tremblay
Jonathan Valois
Document rendu public en Juin 2004
Quelques extraits...
Les constats
Les jeunes et l'implication politique
Parce qu'ils ne s'impliquent pas comme leurs parents, est-ce dire que les jeunes
ne s'impliquent
pas? Ou pas correctement? Aussi, la connaissance de l'histoire du Québec au
début de la colonie
et lors de la Révolution tranquille lorsque nous avons entre 15 et 25 ans
est-elle plus noble que
de connaître son directeur d'école, son responsable de troupe scout ou son
entraîneur de hockey?
Que voulons-nous pour nos jeunes? Qu'ils sachent par coeur les exploits des
générations
précédentes ou qu'ils réalisent à leur tour leurs propres exploits. Les jeunes
que nous avons
visités sont politisés et au fait de ce qui se passe dans leur vie, dans leurs
écoles, leur milieu, leur
communauté. Est-ce moins pertinent que de saisir les grands enjeux sociaux et
constitutionnels?
Les jeunes s'impliqueront là où ils sentent qu'ils sont individuellement
responsables du
mouvement, du groupe. Plutôt que de penser des places dans une structure,
n'est-il pas temps que
nous pensions des mécanismes suscitant réellement l'initiative individuelle des
jeunes? L'heure
n'est plus de penser par structure ou par chantier, mais bien par projet et par
initiative. Donc,
plutôt que de créer un comité pour ceci ou pour cela, on s'assurera de trouver
un mécanisme qui
sollicitera, encouragera et financera l'initiative de tous et chacun pour la
souveraineté. Non pas
une implication interne où le but est de franchir les échelons du local au
régional, jusqu'au
national, mais bel et bien une implication externe où les actions des militantes
et des militants se
retourneront vers les citoyennes et les citoyens du Québec dans le but de les
sensibiliser, les
informer, les mobiliser, les convaincre.
De plus, l'incapacité des politiciennes et politiciens provinciaux d'agir sur la
scène mondiale
n'aide pas à susciter un engouement électoral pour une génération qui a le monde
comme salle
de spectacle. De plus, les Québécoises et les Québécois se tournent presque
uniquement vers
l'Assemblée nationale pour régler l'ensemble des problèmes sociaux du Québec.
Avec seulement
des ressources et des pouvoirs provinciaux, il est clair que les attentes sont
plus grandes que les
capacités de résultats. Cette incapacité entraîne une désaffection réelle de
l'intérêt envers la
politique. De deux choses l'une; ou bien nous nous donnons une capacité d'agir
sur l'ensemble
des problèmes ou bien nous tentons de baisser les attentes des citoyennes et des
citoyens du
Québec. L'option du Parti Québécois ou l'option du Parti libéral du Québec.
Les idées d'une génération
Est-ce que la mondialisation et le développement durable sont des enjeux moins
importants que
la santé et les baisses d'impôt? Pourquoi alors les politiciennes et les
politiciens font peu de cas
des deux premiers enjeux et passent des campagnes électorales complètes sur les
deux autres?
Une des raisons du manque d'intérêt des jeunes est certainement le manque
d'intérêt des
politiciennes et des politiciens quant aux enjeux qui touchent les jeunes.
Le progrès social est de moins en moins la lutte syndicale pour les plus jeunes.
La réalité des
travailleuses et des travailleurs au salaire minimum, les difficultés des
travailleuses et des
travailleurs autonomes et aussi l'exploitation des gens des autres pays au nom
de notre qualité de
vie se trouvent à la base de la construction de ce nouveau discours
progressiste. Le
développement durable est une vision intégrée du respect de l'environnement, des
ressources
naturelles, des humains et des sociétés. Être progressiste en 2004, c'est tout
cela.
La culture est de moins en moins la lutte pour le fait français au Québec pour
les jeunes. La
mondialisation, l'américanisation et la standardisation de nos modes de vie
inquiètent cette jeune
génération. La diversité culturelle est une vision qui n'oppose pas les
anglophones aux
francophones, elle ne fait que reconnaître le droit des deux cultures de se
développer et de se
donner des outils collectifs pour son développement, son épanouissement et son
rayonnement. Penser la culture en 2004, c'est tout cela.
Nous avons donc devant nous une génération qui, à sa façon, reprend les enjeux
du Parti
Québécois, les modèle et nous les propose. Nous avons devant nous des jeunes qui
sont
progressistes et qui possèdent un souci pour la langue et la culture québécoise.
Cependant, plutôt
que de parler de sociale démocratie et de loi 101, cette génération nous parle
de développement
durable et de diversité culturelle. Le Parti Québécois gagnerait à faire évoluer
son discours en ce
sens.
Souveraineté d'hier, d'aujourd'hui et de demain
Les jeunes sont souverainistes. Certains se questionnent cependant sur
l'opportunité de l'option
aujourd'hui, en 2004. Ce ne sont pas des discours ayant pour titre « On est
capables » qui
influenceront cette génération consciente de ses moyens et de ses capacités. Le
Québec de ces
jeunes n'est pas le Québec de la soumission ni même celui du rattrapage. Le
Québec
d'aujourd'hui en est un de réussites, d'exploits et d'ambitions.
Ainsi, rappeler à cette génération que les mots comme « petit peuple », « nègres
blancs
d'Amérique » et « porteurs d'eau » étaient jadis utilisés pour nous décrire
relève des livres
d'histoire et du passé. Le présent est tout autre pour ces jeunes. Appuyer
l'option de souveraineté
sur le ressentiment ne pourrait faire un long bout de chemin. Aussi, la
souveraineté ne doit pas
être considérée comme une réplique aux événements malheureux du passé du Québec.
Si l'option de souveraineté a réellement pris son envol au cours des années 70,
elle ne peut
aujourd'hui s'y limiter. Si la souveraineté ne constitue aujourd'hui qu'une
solution pour régler
une fois pour toutes le dossier de la langue et pour se donner un projet de
société où les
travailleuses et les travailleurs seront mieux protégés, elle demeure
incomplète. Pire, elle est
dépassée, désuète et vétuste. Quels sont les enjeux actuels auxquels la
souveraineté peut être une
solution? Quels sont les défis futurs auxquels la souveraineté pourrait bien
nous positionner? Les
jeunes nous parlent de développement durable et de diversité culturelle. Comment
alors articuler
la souveraineté pour répondre à ces questions?
Si ce travail n'est pas effectué, la souveraineté sera alors une vieille idée et
le mouvement
souverainiste un vieux mouvement. Le défi est de taille mais nos compétences au
Parti Québécois le sont tout autant.
La politique contre l'option souverainiste
À la limite, pourquoi posséder une stratégie souverainiste qui place le
politicien, le mal-aimé, au
coeur du mouvement? Est-il le meilleur porteur d'un projet aussi important? Une
chose est
certaine, il doit y avoir d'autres porte-parole de l'option de souveraineté que
seulement les
politiciennes et les politiciens. Le Conseil de la souveraineté, nos partenaires
pour la
souveraineté constituent une solution à cette vision des choses.
Nous pouvons donc nous questionner quant au désir de crée,r au sein du Parti
Québécois, des
ailes politiques, idéologiques ou sociales. Alors que les politiciennes et les
politiciens et les partis
politiques ne constituent pas les premiers choix d'implication des jeunes et
d'une bonne partie
des citoyennes et des citoyens du Québec, n'aurions-nous pas intérêt à donner de
l'ampleur au
mouvement souverainiste à l'extérieur du parti?
Conclusions - De grands défis pour un grand parti
Le défi du parti - Le Parti Québécois doit réaliser que l'implication politique
au sein d'un parti
politique ne semble pas répondre au type d'implication que désire un bon nombre
de jeunes.
Nous devons y réfléchir plus d'une fois avant de créer une possible structure
pour le SPQ-Libre
et aux autres mouvances sociales. De plus, le Parti Québécois doit se
questionner sur la
politisation et la « partisanisation » de l'option souverainiste. Nous ne
pouvons plus accepter,
sans en débattre, que l'avenir du mouvement souverainiste passe par les
structures partisanes du
Parti Québécois.
Le défi du programme - Le Parti Québécois doit inclure à son discours des
préoccupations
fortes quant à la mondialisation, l'environnement, le développement durable et
l'éducation. La
langue et l'histoire du Québec ne peuvent plus être les seuls sujets importants.
De plus, nous
devons comprendre que chaque affirmation du programme constitue une liberté
individuelle de
moins pour cette génération. Il serait donc préférable de nous doter d'un
programme qui fait état
de nos grandes valeurs communes et non d'une liste d'épicerie de programmes, de
mesures et
d'actions spécifiques possibles.
Le défi du pays - Le Parti Québécois doit rendre plus tangible son projet
souverainiste, le rendre
concret et en parler de façon pragmatique. Nous ne pouvons plus nous permettre
des débats
strictement idéologiques seulement entre nous sur une méthode et une mécanique
référendaire
abstraite. De plus, le Parti Québécois doit entrevoir la souveraineté comme
étant la meilleure
réponse aux situations de demain. Des situations qui se mondialisent et qui
dépassent les états-
nations. Nous ne pouvons plus dire que la souveraineté est une réponse aux
injustices commises
hier et l'aboutissement historique d'une démarche entreprise jadis.
Ce qu'ont vu et entendu ces trois députés pourrait se ramener au classique
conflit de générations qui entretiennent un dialogue difficile. Mais il y a
plus. Il y a un désintérêt manifeste de la part des jeunes à l'endroit du PQ,
dont la conséquence pourrait être l'échec du projet souverainiste. Le projet,
tel qu'il est formulé par la génération des baby-boomers, ne correspond pas aux
préoccupations des jeunes, pour qui développement durable et diversité
culturelle sont plus importants que social-démocratie et loi 101. Sans ces
éléments, la souveraineté leur apparaît comme un projet incomplet, donc désuet.
Le rapport des députés est sévère à l'endroit des militants péquistes, à qui on
reproche de tout ramener à la souveraineté, laquelle saura résoudre tous les
problèmes, et surtout de toujours opposer dans la discussion avec les jeunes un
péremptoire «dans notre temps... ». À ceux qui pensent que ceux-ci forment «une
génération très individualiste qui pense seulement à elle», ce que la députée
Rita Dionne-Marsolais a déjà dit, les «trois mousquetaires» répliquent que les
jeunes sont politisés, mais autrement. Surtout, ils posent la question suivante:
«Que voulons-nous pour nos jeunes? Qu'ils sachent par coeur les exploits des
générations précédentes ou qu'ils réalisent leurs propres exploits?»
La conclusion à
laquelle parviennent les trois députés est aussi simple que juste. Le Parti
québécois doit changer. Il doit inclure les préoccupations de la jeunesse, sans
quoi «la souveraineté sera alors une vieille idée et le mouvement souverainiste
un vieux mouvement». Mais la vraie question est de savoir si le parti est
capable de changer. En choisissant de s'appeler «les trois mousquetaires», les
auteurs du rapport nous disent qu'il y aura une bataille à livrer, non pas tant
contre la direction du parti, Bernard Landry étant plutôt partisan de ce qu'il
appelle l'intergénérationnel, que contre le poids d'une culture politique d'une
génération qui se voit au pouvoir pour encore longtemps. Il faudra voir combien
de jeunes délégués comptera le congrès de juin prochain.
Radio-Canada 23 septembre 2004
Les jeunes sont tièdes face à la souveraineté
Leur rapport est disponible depuis juin sur le site Internet du Parti québécois,
mais il n'a pas été publicisé par le parti.
Le constat des députés est pessimiste quant à l'adhésion des jeunes au projet
souverainiste.
Au secondaire et au cégep, les jeunes sont majoritairement souverainistes, mais
ils ne considèrent pas la souveraineté comme un véritable projet de
société.
En général, les jeunes veulent connaître les conséquences concrètes d'un vote
pour la souveraineté.
« Nous avons donc devant nous une génération qui, à sa façon, reprend les enjeux
du Parti québécois, les modèle et nous les propose. Nous avons
devant nous des jeunes qui sont progressistes et qui possèdent un souci pour la
langue et la culture québécoise. Cependant, plutôt que de parler de
social-démocratie, cette génération nous parle de développement durable et de
diversité culturelle. Le Parti québécois gagnerait à faire évoluer son
discours en ce sens », concluent les trois députés dans leur rapport.
Les principales préoccupations évoquées par les jeunes sont les suivantes :
Mondialisation;
Environnement;
Développement durable;
Démographie.
Or, ces thèmes ont rarement été abordés lors des assemblées du parti, où on
discutait plutôt de langue, d'histoire et de souveraineté. Les trois députés
ont d'ailleurs constaté que lors de ces assemblées, qui devaient réunir de
jeunes militants, il n'y avait en fait que peu de jeunes.
La tournée des trois mousquetaires s'inscrivait dans la « saison des idées »,
une vaste opération de « remue-méninges » au sein du Parti québécois
pour en renouveler les structures et le programme.
Mise à jour :
Mercredi 04 avril 2007
Inquiet, le député sortant Jonathan Valois, un ancien «mousquetaire», se demande
si l'objectif de la souveraineté n'est pas en train de devenir une
voie vers le statu quo. Dans un discours qu'il associe notamment à la vieille
garde du parti, M. Valois voit une «souveraineté devenue un refuge contre
le changement».