12 juin 2006
1. Qu'est-ce qu'une Constitution ?
La Constitution est un ensemble de textes juridiques qui définit les différentes
institutions composant l'État et qui organise leurs relations.
Elle peut comporter également une charte des droits fondamentaux.
Une constitution écrite est généralement organisée en plusieurs parties appelées
Titres, eux-mêmes divisés en articles et alinéas.
Quelle que soit sa présentation et son contenu, la Constitution est considérée
comme la règle la plus élevée de l'ordre juridique de chaque pays.
Certains, comme le Royaume-Uni, n'ont pas de Constitution écrite ; c'est la
coutume qui prévaut pour organiser les relations entre les institutions.
D'autres, comme les États-Unis, ont une Constitution qui se présente sous la
forme d'un texte unique, comportant à la fois la liste des droits fondamentaux
reconnus aux citoyens et la définition des différents pouvoirs.
A la différence des États-Unis, qui disposent de la même Constitution depuis
1787, la France a connu des Constitutions très différentes dans leur contenu et
dans leur présentation.
Ainsi, la première, élaborée en 1791, définissait à la fois les droits
fondamentaux, énoncés dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de
1789, et les différents organes de l'État.
La IIIe République, instituée en 1875 par trois lois constitutionnelles, ne
comportait aucune référence aux droits fondamentaux. La Constitution de la Ve
République, quant à elle, comporte un préambule proclamant l'attachement du
peuple français aux Droits de l'homme et aux principes de souveraineté
nationale.
La déclaration de 1789 et la préambule de 1946 lui ont été associés et ont
acquis, en 1971, une valeur constitutionnelle.
2. Pourquoi a-t-on besoin d'une Constitution ?
En l'absence de Constitution, c'est la coutume qui définit le cadre général de
l'organisation de l'État.
Dans une telle situation, les risques de gouvernement arbitraire sont
importants.
La rédaction d'une Constitution peut alors permettre de de garantir les droits
fondamentaux des citoyens.
Elle pose, par exemple, le principe de l'égalité des citoyens devant la loi,
fait du suffrage universel la source de la légitimité et permet à chacun de
faire entendre sa cause devant un tribunal indépendant.
Elle permet ainsi d'écarter l'arbitraire en permettant à tous les citoyens de
connaître les différents organes de l'État.
Définir les différents organes de l'État selon le principe de la séparation des
pouvoirs : la Constitution organise les pouvoirs publics composant l'État en
séparant le législatif, l'exécutif et le judiciaire afin de permettre
l'équilibre des différents pouvoirs.
Dans ce cadre, la Constitution :
- définit les compétences des différents organes de l'État et la manière dont
ils sont désignés ;
- règle les rapports entre les différents pouvoirs en leur donnant la
possibilité de se contrôler mutuellement ;
- fixe la répartition des compétences sur l'ensemble du territoire en
définissant l'organisation de l'État qui peut être unitaire et centralisé ou
fédéral.
3. Quels sont les différents pouvoirs définis par une Constitution ?
Les régimes démocratiques sont organisés selon le principe de la séparation des
pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire afin d'éviter leur concentration
entre les mains d'une seule personne.
Certaines Constitutions privilégient la stricte séparation des pouvoirs,
d'autres leur permettent, tout en étant distincts, de disposer de moyens de
contrôle les uns à l'égard des autres.
Le pouvoir législatif est chargé de la rédaction et de l'adoption des lois mais
également du contrôle de l'exécutif.
Le pouvoir législatif est généralement exercé par le Parlement, composé d'une ou
deux chambres.
Le pouvoir exécutif met en oeuvre les lois et conduit la politique nationale.
A cette fin, il a le pouvoir d'édicter des règlements et il dispose de
l'administration et de la force armée.
Il peut détenir des moyens de contrainte vis à vis du pouvoir législatif (ex :
dissolution de l'une des chambres).
Le pouvoir exécutif est exercé par le chef de l'État, qui joue un rôle plus ou
moins important selon les régimes, et par le gouvernement.
Le pouvoir judiciaire applique les lois pour trancher les conflits entre les
particuliers ou entre l'État et ces derniers.
Son indépendance est primordiale, puisqu'elle est la condition de son
impartialité.
C'est généralement la Constitution qui définit ses compétences et qui garantit
son indépendance.
Enfin, la Constitution définit également l'organisation des pouvoirs publics
locaux.
Elle distingue les compétences respectives de l'État central et des institutions
locales.
4. Comment s'élabore une Constitution ?
En démocratie, il existe deux processus d'élaboration de la Constitution : la
discussion parlementaire par une assemblée spécialement élue à cet effet ou la
rédaction d'un texte par le gouvernement ou un comité de spécialistes.
Certaines constitutions ont été rédigées par des assemblées élues appelées «
assemblées constituantes ».
Elles ont pour mission principale de rédiger un texte constitutionnel, mais
peuvent aussi exercer simultanément le pouvoir législatif.
Le travail de ces assemblées est le plus souvent organisé sur le même mode que
celui des assemblées parlementaires classiques : des commissions spécialisées
étudient des propositions qui sont ensuite discutées et adoptées en séance
plénière.
En général, le mandat de l'assemblée constituante cesse dès qu'elle a
définitivement adopté le texte de la Constitution.
La rédaction de la Constitution par le gouvernement, ou un comité restreint
désigné par lui, peut constituer une solution plus rapide.
En effet, exceptionnellement, le pouvoir exécutif s'attribue ou se fait
reconnaître le droit de rédiger un texte constitutionnel.
Les comités restreints, qui l'assistent, sont le plus souvent composés de
responsables politiques et de spécialistes du droit constitutionnel.
Si cette méthode est plus rapide, elle souffre cependant d'une moindre
légitimité.
À la différence des membres de l'assemblée constituante, les comités spécialisés
ne sont pas désignés par le peuple au suffrage universel.
Aussi leurs propositions sont-elles le plus souvent soumises à l'approbation du
peuple par la voie du référendum afin de donner au texte constitutionnel son
caractère de norme fondamentale.
5. Peut-on modifier une Constitution ?
Toutes les constitutions prévoient les modalités selon lesquelles elles peuvent
être modifiées : on parle alors d'une procédure de révision.
Il peut s'agir de corriger des imperfections ou de modifier des règles de
fonctionnement du régime.
Cette procédure peut être plus ou moins complexe. On parle de constitution «
souple » lorsqu'elle peut être révisée par les mêmes organes (assemblée
législative ordinaire) et selon les mêmes procédures servant à l'adoption des
lois ordinaires.
L'intérêt de cette procédure est de pouvoir adapter la Constitution aux
circonstances sans formalisme excessif et sans blocage politique.
Mais elle risque cependant d'aboutir à une instabilité du texte constitutionnel,
qui peut être modifié au gré des circonstances et des rapports de force, alors
même qu'il a pour fonction de mettre en place un cadre institutionnel permettant
de surmonter les crises.
La Constitution perd ainsi de sa portée symbolique et sa suprématie par rapport
aux autres textes juridiques.
Les constitutions « rigides » ne peuvent être révisées que par un organe
distinct (ex : Congrès du Parlement) et/ou selon une procédure différente (ex :
référendum) de celles servant à l'adoption des lois ordinaires.
La Constitution est alors préservée des modifications trop fréquentes.
Elle conserve ainsi un statut spécifique et sa primauté par rapport aux autres
règles de droit correspondant à son rang de « pacte fondamental » de la nation.
En revanche, la contrainte de telles procédures peut engendrer des blocages
difficilement surmontables.
6. Quelle est la place de la Constitution dans la hiérarchie des normes
juridiques ?
La Constitution étant le texte qui institue les différents organes composant
l'État, elle est généralement considérée comme la norme la plus élevée.
Cependant, la suprématie de la Constitution n'est pas toujours garantie.
Malgré sa place au sommet de la hiérarchie des normes, elle demeure une règle
interne à chaque pays et peut entrer en concurrence avec les règles
internationales.
Certaines juridictions internationales, comme la Cour de justice des communautés
européennes ou la Cour européenne des droits de l'homme, font ainsi primer les
engagements internationaux sur l'ensemble des règles internes des pays
concernés, y compris leur Constitution.
Par ailleurs, la suprématie de la Constitution sur les règles de droit interne
n'est pas systématiquement assurée.
Ainsi, dans certains systèmes juridiques la Constitution est avant tout un texte
fondateur qui n'a pas vocation à s'imposer aux règles de droit produites par les
institutions qu'elle a définies.
Dans ce cas, la loi a rang de norme de référence et aucune autorité ne peut en
contester la validité.
Pour que la Constitution soit véritablement la norme suprême, il est donc
nécessaire que les tribunaux puissent écarter l'application d'une convention
internationale, d'une loi ou d'un règlement qui lui serait contraire (contrôle
de constitutionnalité).
Dans certains pays, tout tribunal peut procéder à un tel contrôle, tandis que
d'autres confient cette fonction à une juridiction spécialisée, qui a rang de
cour constitutionnelle.
7. Pourquoi et comment protéger la Constitution ?
La Constitution est le texte qui fonde l'organisation de l'État et qui garantit
le respect des droits fondamentaux des personnes.
Pour ces deux raisons, il est nécessaire de la protéger des modifications de
circonstance et de la violation des principes qu'elle définit.
Elle peut bénéficier d'une protection politique.
Certaines autorités de l'État peuvent être chargées d'assurer la continuité des
institutions et de veiller à son respect, au besoin en exerçant des pouvoirs
spéciaux en cas de crise grave.
Cette fonction revient le plus souvent au chef de l'État.
Par ailleurs, les citoyens peuvent exercer leur droit de résistance à
l'oppression contre toute modification jugée inacceptable.
Enfin, le contrôle mutuel des différents pouvoirs publics (exécutif, législatif,
judiciaire) permet aussi d'éviter des atteintes injustifiées à la Constitution.
Des procédures de révision contraignantes peuvent être prévues afin de protéger
le texte constitutionnel et les institutions de modifications trop fréquentes,
au gré des circonstances ou en fonction d'intérêts fluctuants.
La Constitution peut aussi être protégée par un contrôle de constitutionnalité.
Il s'agit de l'ensemble des moyens juridiques permettant de garantir la
conformité à la Constitution et aux principes définis par elle, des règles de
droit (loi, règlement) produites par les différents pouvoirs composant l'État.
Dans certains pays chaque tribunal peut écarter l'application des conventions
internationales, des lois et des règlements qui contreviendraient aux principes
constitutionnels. D'autres pays réservent cette fonction à une seule
juridiction.
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